Les désillusions du rêve Américain
Publié par frenchie-girl le 3 mars, 2010 - 09:52.
A des milliers de kilomètres de là, à Vancouver, une jeune fille est abordée par un charmant garçon à la sortie de son école. Ils commencent à discuter et à se fréquenter. Elle aimerait s’acheter des nouveaux vêtements mais n’en a pas les moyens. Son nouvel ami les lui offre, pour lui faire plaisir. Il est tellement gentil et attentionné qu’elle devient vite amoureuse, surtout que dans sa famille, ça ne se passe pas très bien. Après quelques semaines à peine, il lui propose de partir avec elle à Montréal parce qu’il a des affaires à y régler. Sans hésiter, elle accepte et se retrouve dans une ville où elle ne connait personne. Son ami lui apprend qu’il a des problèmes d’argent et qu’elle va devoir l’aider pour rembourser les cadeaux qu’il lui a offerts. C’est comme ça qu’elle tombera dans la prostitution.
Sur un autre continent encore, en Afrique, un jeune garçon Burkinabè rêve de quitter son pays pour gagner sa vie et pouvoir aider sa famille à s’en sortir. Il voit bien que la situation est difficile dans son pays. Quand un ami de son père vient lui proposer de l’aider à entrer au Canada pour y travailler et gagner bien sa vie, il s’empresse d’accepter. Une fois arrivé à destination, on lui prend ses papiers et on l’emmène dans une famille où il travaillera sans s’arrêter toute la journée, vivra dans des conditions indignes de la personne humaine et sera tout juste payé.
Le point commun entre ces trois personnes, c’est qu’elles vont être toutes les trois victimes de traite. Et contrairement à mon « Il était une fois », cela se passe aujourd’hui, au vingt-et-unième siècle, l’histoire de ne se terminera pas par « et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». C’est difficile à croire, et pourtant…. Mais j’étais comme vous avant mon arrivée à Montréal. Je suis venue ici pour faire un stage au Bureau international des droits des enfants (IBCR), au sein de l’équipe luttant contre la traite des enfants. Avant mon départ, quand j’en parlais, on me disait : « Mais tu ne vas pas vraiment travailler au Canada, tu vas plutôt travailler pour d’autres pays ? » « La traite des êtres humains au Canada ? Ben tu ne vas pas avoir beaucoup de travail ! » Et j’avoue, au début je m’interrogeais moi-même et ne savais trop que leur répondre… Je savais que la traite existait même dans les pays développés. La France a été condamnée en 2005 par la Cour européenne des droits de l’Homme pour un cas d’esclavage moderne (une jeune fille qui s’est vue confisquer ses papiers à son arrivée en France et « condamnée » à travailler 12 ou 14h par jour sans être payée, en vivant dans des conditions indignes de la personne humaine, et sans pouvoir aller à l’école ; Affaire Siliadin contre France, 26 juillet 2005). Mais je pensais qu’il s’agissait de cas isolés.
Puis je suis arrivée ici et j’en ai appris plus. La traite, c’est quoi ? C’est une infraction pénale, qui implique un recrutement, un déplacement et une exploitation. Le recrutement se fait par des manipulations, des fausses promesses d’emploi (comme l’agence de mannequinat), des prétendues relations amoureuses. Le déplacement n’est pas toujours exigé, comme c’est le cas dans la loi Canadienne (ils ont élargi la définition de l’infraction pour favoriser la répression). Enfin, l’exploitation peut prendre différents visages : exploitation sexuelle, travail forcé, prélèvement d’organes, trafic de drogues. Il existe deux types de traite : interne et externe. Pour la traite interne, les trois éléments de l’infraction ont lieu dans le même pays. Il s’agit du deuxième cas dans les histoires que j’ai raconté. La victime a été déplacée au sein du Canada, entre Vancouver et Montréal. Les deux autres cas sont de la traite externe : il y a un changement de frontière.
Un des problèmes majeurs avec cette infraction, c’est qu’elle est clandestine, c’est-à-dire qu’elle est cachée. Il n’est pas facile de donner des chiffres de victimes de la traite au Canada et dans le monde. De même, les condamnations ne sont pas courantes car les victimes ont peur de dénoncer leurs agresseurs et de témoigner contre eux.
Au sein de l’IBCR, nous avons organisé une formation auprès des intervenants sociaux qui travaillent en première ligne avec les jeunes vulnérables pour qu’ils puissent prévenir le risque de traite ou aider ceux qui y sont déjà tombés à s’en sortir.
Des vidéos produites par l’UNODC (United Nations Office on Drugs and Crime) sur le sujet sont disponibles en cliquant sur les liens suivants : Affected for Life (en anglais, une version plus longue est également disponible) et
Open Your Eyes to Human Trafficking (en anglais également). Il existe également un film, expliquant assez bien la situation : les facteurs favorisant le recrutement, le cheminement de la victime, la contrainte exercée contre elle, les difficultés que peuvent rencontrer les policiers. Il s’agit de Human trafficking, de Christian Duguay.
Par cet article bien insuffisant pour avoir assez d’informations, je souhaite juste éveiller votre curiosité à certaines choses qui se passent peut-être même dans la maison à côté de chez vous. Si j’ai atteint mon but et que vous souhaitez avoir plus d’informations, n’hésitez pas à consulter le site de l’IBCR ou à entrer en contact avec nous (trafficking@ibcr.org).
Il était une fois une jeune fille de 14 ans, vivant en Europe de l’Est, qui ne désirait qu’une chose : devenir top model. Une de ses amies lui parle d’une agence qui organise une séance de repérage pour lancer des nouveaux mannequins. Elles se présentent toutes les deux, mais seule la première est prise. Cependant elle est mineure, et ne veut pas que son père soit au courant. Elle précise qu’elle serait prête à faire n’importe quoi pour réaliser son rêve. On lui assure alors sa place, et elle embarque avec d’autres jeunes filles en direction du Canada. Arrivée sur place, on la prive de son passeport, on devient violent avec elle, puis on la force à se prostituer.
Puis je suis arrivée ici et j’en ai appris plus.
Open Your Eyes to Human Trafficking (en anglais également).
Je précise que les histoires que j’ai raconté sont inventées (la première est tirée du film Human trafficking, les autres sont tirées de mon imagination, mais inspirées d’histoires qui se sont réellement passées). Et évidemment, j’ai raconté des histoires se passant au Canada puisque c’est le pays dans lequel nous sommes, mais ces histoires pourraient très bien se passer dans de nombreux autres pays.






C'est complètement
C'est complètement abhérant que, malgré le fait que nous soyons dans le "pluss meilleur pays du monde", des situations comme celles que tu présentes existes... En fait, je trouve complètement débile que des gens, encore, utilisent d'autres personnes comme bien de consommation et marchandise... Ça me dépasse complètement.
Une autre situation totalement choquante est celle des enfants soldats... Mais c'est malheureusement une autre histoire.
Merci aussi pour tes liens.
Marie-Ève - Kickaction.ca
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